Le réseau Andalousie : ces résistants de l’ombre qui ont marqué l’histoire du Savès et de Savignac-Mona

À travers les villages du Savès, entre fermes isolées, chemins de campagne et transmissions clandestines, des hommes et des femmes ordinaires ont accompli des actes extraordinaires pendant la Seconde Guerre mondiale.

À Savignac-Mona, Seysses-Savès, Monblanc ou encore Saint-Soulan, plusieurs familles ont risqué leur vie pour participer à l’un des réseaux de renseignement les plus actifs du Sud-Ouest : le réseau Andalousie.

Cet hommage rend mémoire à ces résistants de l’ombre dont le courage permit de transmettre des renseignements essentiels à Londres, de cacher des personnes recherchées et de préparer la Libération. 

Un réseau au service de la France libre

Selon les archives du Service historique de la Défense, le réseau « Andalousie-Sapin » est créé dès 1942 par François Bistos, alias « colonel Franck », au sein de la Confrérie Notre-Dame du colonel Rémy, l’un des plus importants réseaux de renseignement de la Résistance française.

Le réseau dépend alors directement du Bureau central de renseignements et d’action (BCRA) de la France libre, installé à Londres. Sa mission est capitale : recueillir et transmettre des informations stratégiques sur les mouvements allemands, organiser des filières d’évasion et préparer les opérations liées au futur débarquement allié.

Le Savès, un territoire stratégique

Dans le Sud-Ouest, François Bistos développe progressivement un maillage clandestin particulièrement efficace. Ancien officier de cavalerie, il agit sous plusieurs pseudonymes — « Colonel Franck », « Carlos » ou « Blanchard » — afin d’échapper à la Gestapo et aux services allemands.

La région toulousaine devenant trop dangereuse, le réseau déplace progressivement une partie de ses activités vers les campagnes du Gers et du Savès. C’est dans ce contexte que le général André Chevalier, oncle de François Bistos et lui-même engagé dans la Résistance, facilite l’implantation du réseau à Savignac-Mona.

Les fermes de Peyrouzet et de Galin au cœur de la Résistance

Fernand et Germaine Penent acceptent alors de mettre leurs fermes de Peyrouzet, à Savignac-Mona, et de Galin, à Seysses-Savès, à la disposition du réseau clandestin.

Ces lieux deviennent rapidement des points stratégiques du réseau Andalousie.

La ferme de Peyrouzet sert notamment au stockage d’armes, à l’accueil de parachutages, à la dissimulation de résistants ainsi qu’au passage de personnes recherchées vers les Pyrénées puis l’Espagne.

Dans le même temps, la ferme de Galin devient un centre discret de transmissions et de collecte d’informations. Les messages sont acheminés clandestinement, souvent à bicyclette, parfois dissimulés dans les tubes du guidon ou de la selle afin d’échapper aux contrôles allemands.

Le courage de la jeunesse

Parmi ces jeunes agents de liaison figure Odette Penent, alors âgée de seulement quinze ans.

Avec un courage exceptionnel pour son âge, elle participe au transport des informations et à la logistique du réseau, tandis que sa sœur Alice, encore enfant, grandit au cœur de cette clandestinité permanente.

Des missions essentielles

Les missions du réseau sont nombreuses :

  • surveillance des mouvements des troupes allemandes ;
  • observation de la division SS Das Reich ;
  • repérage d’agents ennemis ;
  • fabrication de faux papiers ;
  • actions de sabotage ;
  • transmissions radio vers Londres ;
  • organisation de filières d’évasion.

Le réseau Andalousie joue notamment un rôle majeur dans le suivi des déplacements de la division SS Das Reich dans le Sud-Ouest. Des renseignements essentiels sur les mouvements ferroviaires et militaires allemands sont transmis à Londres.

Une répression impitoyable

Comme partout en France occupée, la répression est terrible.

Arrestations, déportations et exécutions frappent de nombreux membres du réseau. Plusieurs résistants du Savès paieront leur engagement de leur liberté, voire de leur vie.

Fernand et Germaine Penent, comme beaucoup d’agriculteurs du secteur, acceptent de vivre durant des mois sous la menace permanente des dénonciations, des perquisitions et des représailles allemandes.

Leur engagement illustre cette Résistance rurale, longtemps restée discrète, mais pourtant essentielle à la Libération.

Un devoir de mémoire

Le 14 février 2026, une conférence organisée au théâtre de Samatan a permis de remettre en lumière cette page d’histoire locale longtemps méconnue.

Devant une salle comble, descendants de résistants, historiens et habitants du territoire ont partagé souvenirs, documents et témoignages autour du réseau Andalousie et de ses acteurs du Savès.

Au-delà des faits historiques, cette mémoire rappelle surtout le courage quotidien de femmes et d’hommes ordinaires qui choisirent, dans l’ombre, de défendre la liberté au péril de leur vie.